Nicolas Michel, c'est K comme ... Krishnamurti
Avant de monter sur scène, il médite, Ce nettoyage lui donne l'énergie qu'on lui connaît. Etre présent, la disponibilité de l'instant, le laisser-être, Nicolas Michel, dit K, débite la sagesse en tranches. Il déclare volontiers : "L'autre, c'est soi." Ou : "Le livre sacré est à l'intérieur de l'individu et on y puise." Ou encore : "Cherchons dans toutes les religions nos propres réponses, la boussole étant la joie! Car une théorie qui la crée, c'est bon signe." A 32 ans, il fait plus jeune que son âge, mais ce sympathique blanc-bec parle comme Krishnamurti. Le penseur indien avait choisi Saanen l'été, entre 1961 et 1985, pour faire rayonner sa philosophie visant à rendre les hommes complètement libres.
Le père de Nicolas enseigne le yoga, sa mère le vipassana (méthode de méditation). C'est dans une communauté en Gruyère, formée un hiver par des garde-génisses barbus et chevelus (les "pêlâ"), qu'est né Nicolas Michel. De ces premières années à vibrionner dans les pâturages, il a gardé le souvenir de la tomme de vache, qu'il adorait, et des marchés de Vevey, où ses parents enécoulaient. D'un petit âne gris aussi. Ecole Steiner, puis baccalauréat scientifique, le fils d'anciens hippies n'a pas osé croire immédiatement à son étoile de chanteur et s'est d'abord formé au métier d'acteur. A Lausanne, chez Gérard Diggelmann, et avec Gérard Demierre, à Paris, pour quelques mois à l'école du Théâtre national de Chaillot. C'est une dépression qui l'a mis en face de lui-même.
"La déprime est un fusible indiquant que la vie n'a pas de sens, un refus de renoncer à une recherche de sens profond. J'ai toujours rêvé de chanter. Enfant, je lisais les interviews de chanteurs. J'ai souhaité faire ça depuis tout petit. Le théâtre n'était qu'un ersatz, je croyais mon rêve inaccessible." Lorsque Nicolas Michel lit "Conversation avec Dieu" de Neale Donald Walsch, qu'il estime très pédagogique et qu'il présente comme une espèce de dialogue à la Platon entre l'auteur et Dieu,il prend conscience qu'il dysfonctionne. Commence alors une lente reconstruction qui débouche sur la confiance en lui. "Ca m'a fissuré. J'ai lâché des choses auxquelles je tenais. Tout a changé, je suis devenu vraiment positif." Yoga, vipassana, yoga : il connaît l'illumination un soir de stage en pelant une mandarine, "Je ne m'étais jamais senti aussi bien et ce bien-être ne dépendait de rien d'extérieur. Alors pourquoi chercher dehors ce qu j'ai en moi ?". Depuis il est persuadé qu'il suffit d'y croire pour que ça marche.
Celui qui se roule des joints d'oxygène et se soûle à l'eau des fontaines avoue ne pas toucher aux produits interdits. Sa manière à lui de se révolter, de ne pas suivre la voie de ses parents, qui ont commencé par s'égarer sur des chemins enfumés. Chansons douces ou variété, textes sur l'exil ou intonations à la Brel, le Vaudois se reconnaît des inspirateurs en Balavoine ou en Noir Désir, en Higelin, en Téléphone ou dans The Doors. Certains lui reprochent un manque de venin, une absence de griffes dans ces textes, lui, revendique son statut de gentil. "La gentillesse est aujourd'hui la dernière forme de rébellion."
Roland Le Blévennec, directeur du festival genevoi Voix de Fête et programmateur du Chat Noir à Carouge : "J'ai vu K faire un boeuf lors duquel Cali est monté sur scène et Cali avait de la peine à se faire de la place (heu, là je sens que ça va faire plaisir à quelqu'un...). Il a un charisme terrible, Nicolas! Il est aussi âpre au travail et a envie de faire carrière. Le fait qu'il ait pratiqué le théâtre lui donne en plus une formation complète."
Hors de scène, Nicolas Michel porte des lunettes médicales. Non, il ne sait rien du K de Kafka, mais a lu LE K de Kino Buzzati. Son K, il l'a hérité de son petit-neveu de 18 mois ne parvenant pas à prononcer son prénom. Il aime le dessin en port-voix que la lettre forme. Dans un idiome burkinabé, de surcroît, K signifie être là. "Un vrai nom de Sioux!" Lorsque le chanteur exulte, son rire cristallin résonne comme dans une cathédrale.
Migrants et sans-papiers ont trouvé un allié en lui. Un projet multiculturel, qui devrait déboucher sur un CD, est en gestation avec eux. Après devrait venir le temps d'une galette sur la méditation.
1976 : Naît à Riaz (Fribourg), le 6 janvier, dans une communauté de néo-bergers.
1983 : Entre à l'Ecole Steiner pour treize ans
1991 : Tient le rôle-titre de La baleine blanche de Jacques Lanzmann, mise en scène par Gérard Demierre à Beausobre. "Très important pour moi"
1993 : Premier groupe : Les Echosliés. Suivront Bogue et So7ste
2003 : Naissance de K et premier concert à la Cave du Bleu Lézard. Le trio de base compte aussi Daniel Bleikolm et Jérémie Duciel
2005 : L'arbre rouge, premier disque autoproduit
2007 : L'amour dans la rue, chez Wagram, sortie internationale
2008 : Se produit sur la grande scène de Paléo